jeudi 8 mars 2012

S’approprier la réalité pluriethnique de la société québécoise et de l’école montréalaise, se sentir réellement concerné dans ses actions pédagogiques, développer les compétences de l’éducation interculturelle.

Le choc des cultures

J’entre tout doucement en tournant légèrement la poignée en sens horaire pour ne pas déranger l’enseignante qui gesticule comme une marionnette en avant de la classe. Plusieurs enfants sont fascinés, bouches béantes, tentant de comprendre le jargon du pantin en avant.

- Salut Barbara! Du tac au tac, Barbara en harmonie avec ses élèves me répondent :
- Bonjour Philippe! Excellent, j’adore quand les élèves ont été prévenus de mon arrivée.

Plus je commence à me présenter, à expliquer le projet, plus les élèves me posent des questions et plus j’en suis ravi! Non pas de me faire interroger, mais bien d’entendre tous ces accents du monde réunis devant moi, dans ce tout petit local à saveur international.

Cette microsociété pluriethnique était à l’image du grand Montréal, mais ici même, dans le Vieux-Longueuil. Ça sentait le respect, ça sentait la reconnaissance, l’envie de connaître une autre langue, d’apprendre une nouvelle culture. Ce fut ma première rencontre avec une classe d’accueil.

Je me rappellerai toujours de notre première lecture en groupe. Je n’ai jamais entendu plus belle mélodie. Entendre une scène de l’époque coloniale de la Nouvelle-France interprétée par des élèves immigrants, c’était le meilleur casting que j’eusse jamais fait! N’était-ce pas là la plus belle manière de faire connaître notre histoire à ces nouveaux arrivants? Les discussions qui ont suivi étaient également des plus savoureuses. Les comparaisons entre leurs cultures et la nôtre, les ressemblances et les différences, c’était l’éducation interculturelle.

-Pourquoi-ci, pourquoi-ça monsieur Philippe??? Chez nous, c’est pas comme ça…
- Chez nous, c’est chez vous!

Les classes d’accueil, c’est un autre monde.
Un autre monde : les Lycées français

Au Panama, où j’ai fait mon troisième stage, j’étais dans une classe de maternelle en grande section. Le quart de la classe était représenté par des élèves d’origine française, tandis que l’autre trois quarts appartenait à un joyeux mélange du Panama et de plusieurs autres pays… Plusieurs hispanophones était là en immersion française et découvrait non seulement un nouveau système scolaire, mais une nouvelle langue et une autre culture… Sans oublier le grand québécois barbu qui parlait un dialecte étrange!?

Une chose est sûre, c’est qu’ils en ont appris sur le Québec : le projet Félix Leclerc, les vidéos que nous avions tournées durant l’automne et l’hiver sur la géographie, l’histoire, l’alimentation, la musique, les sports et plus encore… Nous avons fait une matinée cabane à sucre avec notre or liquide : le sirop d’érable. Les sourires sucrés qu’il y avait après ces petites bouches-là, ça valait quelques litres. Les regards fascinés à la suite d’un conte québécois, les rires pendant la fête de l’eau…

Tant de beaux souvenirs à jamais gravés dans ma mémoire. Je n’ai pas seulement été intégré à la culture panaméenne, mais également à ma nouvelle famille française qui nous a accueillie à bras ouverts. Les échanges sur leur pédagogie et la nôtre furent des plus constructifs. Ce fut, encore une fois, l’éducation interculturelle au sens pur!

Adapter ses interventions aux besoins et aux caractéristiques des élèves présentant des difficultés d’apprentissage, d’adaptation ou un handicap.

La différenciation pédagogique, ce n’est pas seulement lors de nos interventions quotidiennes, mais également dans le cadre de nos situations d’apprentissage, où préalablement, une planification tenant compte de ce groupe d’élèves a été faite. Il n’est pas facile de toujours adapter à l’avance nos activités pour ces élèves, surtout quand on a plusieurs élèves en difficulté d’apprentissage dans la même classe avec différents besoins. Il est primordial de penser à ces élèves et parfois de simples adaptations font l’affaire et ne demandent pas plus de temps de préparation pour l’enseignant comme : l’augmentation du temps imparti pour faire une tâche, le soutien à la lecture des consignes, l’utilisation d'un logiciel en écriture pour les dyslexiques (Word Q ou Antidote), remise du texte à l’avance, adaptation du travail à faire, etc.

Certains élèves ont besoin d’une différenciation pédagogique pour le comportement seulement. Tandis que d’autres doivent avoir des activités adaptées à leur niveau, sans toutefois avoir besoin d’évaluations distinctes. Sauf que certains élèves en grande difficulté d’apprentissage ont besoin d’évaluations plus appropriées à leur niveau, et là, c’est de plus en plus difficile à faire.

Auparavant, on pouvait obtenir un bulletin différencié pour ces élèves qui n’avaient pas le même degré d’acquisitions que leurs camarades de classe. Or, depuis l’apparition du tout nouveau bulletin unique, il est de plus en plus difficile d’obtenir le droit d’utiliser un bulletin différencié! Selon Éric Gingras, du Syndicat de Champlain, pour qu’un élève puisse bénéficier d’un tel « avantage », il doit être en grande difficulté d’apprentissage en français et en mathématiques, sans quoi, il devra être noté comme ses pairs qui n’éprouvent pas de difficulté dans l’une ou l’autre de ces matières. En plus, l’élève qui a droit à ce bulletin différencié doit avoir été préalablement identifié HDAA et son plan d’intervention doit spécifier une telle différenciation quant aux évaluations.

Qu’est-ce qu’on fait alors avec les élèves à risque? On attend qu’ils soient en retard d’apprentissage de plus de deux ans en français et en mathématiques… Ça n’a pas de sens! Ils devraient, eux aussi, avoir droit à un bulletin différencié, ne serait-ce que pour une matière. Vous imaginez tous les élèves cette année qui recevront une note extrêmement basse comparativement à l’an dernier, car désormais, il n’y a plus de différenciation si les élèves ont seulement de la difficulté en mathématiques ou en français? Qui a voté ça? Le gouvernement bien sûr, mais qui a fait des pressions sur ce gouvernement pour qu’il mette en place de telles mesures? Ah oui, j’y suis… La Fédération des comités de parents du Québec qui se mêle encore une fois d’éducation. Remarquez, je n’ai rien contre les parents qui s’impliquent dans la scolarisation de leurs enfants, au contraire! Peut-on simplement tenir compte un peu plus de l’avis des professionnels en la matière, c’est-à-dire les enseignants, surtout en ce qui attrait au domaine de l’évaluation, et laisser les autres électeurs se préoccuper de ce qui les concernent?