Mesdames et messieurs, ladies and gentlemen…
Dans le coin droit, une enseignante dévouée qui tente de développer la francisation d’une de ses élèves.
Dans le coin gauche, un père qui tente de communiquer dans une langue étrangère et de faire comprendre la situation des nouveaux arrivants au Québec.
L’enjeu : une petite fille de cinq ans qui essaie de communiquer.
L’arbitre : un stagiaire :-)
Pour être honnête, ça n’avait rien d’un combat. C’était une joute des plus conviviales, autant que peut l’être une rencontre de parents, on s’entend! Deux positions distinctes qui ont un objectif commun : la réussite d’une enfant. L’enseignante qui veut bien faire comprendre au père qu’il est important pour son enfant de pratiquer le français, même si celui-ci ne se sent pas encore à l’aise avec sa nouvelle langue. Sa petite doit baigner le plus possible dans un univers francophone et non seulement à l’école. Il faut lui parler en français, lui lire des livres, ouvrir la télévision à des chaînes francophones, faire des jeux en utilisant…le français!
De son côté, le père nous explique les difficultés de l’immigration. Ils n’ont pas de réseau social. Au travail, la langue anglaise est de mise. Sa femme ne parle pas un mot de français et c’est sa fille qui lui en montre, le plus souvent. L’arabe, l’anglais et le français : pas évident pour une petite fille de cinq ans de démêler tout ça.
S’il y a une compétence plus importante que les autres au préscolaire, c’est sûrement celle de communiquer en utilisant les ressources de la langue. Toutes les autres compétences n’ont quasiment pas le choix de passer par celle-ci pour être évaluées. Les explications, les consignes, les interactions, les jeux, ma foi, nous sommes constamment en train de parler!
Transposez-vous un instant dans l’univers de cette petite qui ne comprend pas un traître mot de ce qui est dit. Elle débarque dans un milieu où elle ne connaît personne. Elle ne comprend rien. Elle regarde les autres, tente de décoder ce qu’ils font et les imite. Tout le monde qui parle autour d’elle, c’est comme un bourdonnement constant.
Oups, les élèves se lèvent et se dirigent vers leur place : «je dois sûrement faire pareil».
Tous dessinent : «je vais faire le même dessin que mon ami d’à côté». «Est-ce vraiment mon ami, je ne comprends pas ce qu’il me dit?»
Ça doit être extrêmement difficile pour elle. Pas étonnant qu’au commencement elle ne voulait pas venir à l’école.
Tranquillement, elle se fait des amis. Elle joue de plus en plus avec certaines élèves en particulier. Par chance, d’autres sont également dans la même position. Maintenant, lors des causeries, elle est capable de dire quelque chose sur sa fin de semaine sans répéter ce qu’un autre a dit. Elle s’affirme d’avantage et échange de plus en plus lors des jeux libres. Elle connaît les consignes usuelles ainsi que la routine. Dès que sa main est levée, on lui donne le droit de parole. On lit des histoires, on questionne, on veut qu’elle fasse des liens entre les mots. En orthographes approchées, en phonologie ou n’importe qu’elle autre activité liée au domaine de la langue, c’est l’une des premières que l’on va nommer. Elle bénéficie de soutien linguistique trois heures par semaine. À l’école, toutes les ressources sont mises en place pour qu’elle progresse rapidement en français et qu’elle rattrape le niveau de langue de ses camarades. Elle va en avoir besoin pour sa première année où elle ne chômera pas non plus. Espérons seulement qu’à la maison, le père sera aussi courageux que sa petite fille et qu’il se donnera la chance d’essayer de communiquer dans la langue de Molière.
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