J’ai été bouche bée en deux minutes!
Après les présences et le calendrier vient le message matinal que l’enseignante écrit aux élèves. Ces derniers essaient de repérer des mots qu’ils connaissent à l’intérieur du message, ce qui est tout à fait en lien avec les connaissances se rapportant au développement langagier du préscolaire. Le texte comporte près d’une vingtaine de mots que les enfants reconnaissent presque un à la suite de l’autre. Ils lisent carrément le message. J’étais sur le...
Pour avoir déjà rencontré des classes de maternelle, je sais quand même reconnaître ce qui est du niveau du préscolaire et ce qui est supérieur, et là, c’était au-delà de mes attentes. J’étais séduit!
L’enseignante m’explique que ses élèves sont en majorité allophones et qu’elle travaille beaucoup avec eux la conscience phonologique et les orthographes approchées, c’est son dada. Je comprends mieux maintenant.
Ces enfants ont tellement été stimulés dans le domaine de la langue que certains d’entre eux ont déjà certains acquis de première année. Il y a un élève qui sait carrément lire et quelques autres sont à la veille de débloquer. Même à ce temps-ci dans la classe de première, certains élèves n’associent toujours pas les sons aux lettres. Je sais bien que tous les élèves sont différents et que parmi ma nouvelle classe, il y en a qui éprouvent encore beaucoup de difficulté avec le domaine de la langue et de la lecture en particulier. N’empêche que je me dois de trouver des activités stimulantes pour tous dans leur zone proximale de développement. La différenciation pédagogique : quel beau concept honorable, mais qui n’est pas toujours évident sur le terrain…
Chaque matin, lors de mon message quotidien, j’essaie toujours de nommer mes élèves qui ont plus de difficultés en premier. Même s’ils ne lèvent pas la main, je les encourage à chercher. C’est toujours plus facile de repérer un «la» ou un «à» que le dernier mot, qui est souvent nouveau ou plus rarement utilisé dans les messages matinaux. Fréquemment, ce dernier mot revient à mon élève qui sait déjà lire la langue et que je dois lui aussi stimuler par quelque nouveauté.
Lorsque je lis une histoire, je vais développer l’anticipation des élèves sur ce qu’il va se passer à l’intérieur du récit en prenant soin de cacher le titre «à cause» de mon ami qui sait lire. Par la suite, je lui fais lire le titre et tous ensemble on révise nos premières hypothèses qui n’étaient basées que sur l’image et on essaie de pousser plus loin nos réflexions avec l’écrit. Je peux passer facilement entre cinq et dix minutes sans ouvrir le livre.
En orthographes approchées, je vais souvent faire exprès pour jumeler mes élèves les plus forts ensemble afin qu’ils se stimulent entre eux et quelques fois ils réussissent même à écrire le mot parfaitement! Par contre, je prends soins de ne pas mettre mes plus faibles ensemble et de les jumeler avec des élèves un peu plus forts qu’eux afin qu’ils soient stimulés eux-aussi et non portés par les autres.
Bref, c’est bien beau de concevoir des situations d’apprentissage selon les compétences du programme, mais il faut aussi tenir compte du niveau de la classe et plus particulièrement de chacun de nos élèves. Je sais pertinemment que ces activités prendraient une toute autre tournure si j’enseignais dans une école en milieu défavorisé ou dans une école privée. Il faut connaître son groupe et, plus particulièrement, ses élèves avant de concevoir une BONNE situation d’apprentissage. Une excellente activité ne le sera pas partout. Ce sont ses possibilités d’adaptation qui feront, entre autres, son gage d’excellence et l’enseignant évidemment…
